ma copine claire me demande d'aller avec elle, s'il me plaît, s'il me plaît, allez, viens! à une soirée d'expérimentation de danse contemporaine. je n'en ai aucune envie, mais par contre, aller plus loin dans cette amitié me paraît plus que nécessaire, alors, j'accepte. mais c'est vraiment parce qu'elle est belle, qu'elle me fait rire, et qu'elle se montre amicale avec l'ourse que je suis.
aller faire des mouvement psychotiques avec mon corps dévasté par les enfants, et après un après-midi d'accouchement de projet des CM1, alors que j'ai envie de regarder un épisode de colombo en nuisette, ça me fatigue d'avance et bien plus encore.
on y va.
fidèle à sa mauvaise réputation, nadège loir nous accueille mal au quartz de brest. elle nous mène comme des chevaux à l'abattoir, vers l'endroit où on pose ses chaussures, comme si on ne savait pas qu'il ne faut pas marcher sur le staff, avec nos semelles pleines de caca de chien.
elle peut être chiante si elle veut, je suis dans une salle de répétition derrière les coulisses, et c'est bien le seul endroit au monde où je me sens chez moi, réelle, vraie, et pas une usurpatrice comme d'habitude. je me fous un coup de pied au cul mental, en pensant qu'il est temps que je réussisse à faire des décors.
quand, tout à coup, horreur! je vois carole, mon ennemie, dans l'assistance. donc, il va falloir faire des mouvements psychotiques avec mon corps devant l'ennemi. la dernière fois que j'ai voulu lui dire bonjour, elle a regardé au dessus de moi.
je lui décoche mon plus beau sourire, lui claque un bisou. elle est furax, hinhinhinhin! je suis la meilleure. et du coup j'empeste le patchouli. c'est malin.
j'en profite pour remarquer que je suis la seule craspec à me foutre à poil devant tout le monde pour enfiler un vieux truc dégueu. claire m'explique que j'ai certainement fait la peinture et des frites avec. c'est complètement exact.
pendant ce temps là, les autres ajustent au millimètre leur maillot violet sur leur soutien-seins émeraude profond, sous leur truc à le dernière mode chauve-souris, sur leur pantalon spécial, sous leur sur-pantalon assorti.
les artistes font leur entrée. ils sont deux, on doit se lever. de véritables panoplies. elle, a un accent à couper à la tronçonneuse, dans son collant troué, dans ses boots couleur scarabée, avec des chaussettes jacquard.
lui, il ne parle pas, il regarde profondément et par en dessous. ses dread-locks sont dorées, je le jure, tout comme le foulard qui passe de ses cheveux à ses épaules, à sa ceinture, à ses cheveux, en permanence, et dans cet ordre là.
ils nous expliquent le déroulement de la séance. je veux m'en aller.
d'abord: un quart d'heure de trémulations. je ne sais plus quel nom anglais ils leur donnent, mais chez nous, en danse africaine, ça se dit trémulations. donc, nous vibrons pendant un quart d'heure sur une musique vibrante. il faut tout vibrer, hein, tout. la tête, les doigts, les cheveux, le pelvis, pour ouvrir les chacras..... quoi? pardon? ça va pas la tête? on ne sait même pas si tout le monde a déjà pratiqué le yoga!!!!! je regarde les gens, alors que bien sûr, c'est interdit. il faut fermer les yeux. gnhihihi! j'adore regarder mon ennemie vibrer. j'en fais autant qu'elle, alors que c'est son métier. en plus, elle me copie dessus, je le vois bien.
quand la musique change, on doit faire des mouvements en rapport avec la musique, ce qu'on veut, pendant un quart d'heure, sans jugement, les yeux fermés. je remarque, puisque je triche, qu'on fait tous l'hélicoptère. j'entreprends une danse du buto, les bombes nucléaires me tombent sur la gueule, j'agonise, argh! encore un hélicoptère, et puis tiens, je vais marcher à l'envers, hinhinhin! elle s'en sort pas mieux que moi miss patchouli, merde, j'ai marché sur quelqu'un, claire me dit: attention!: une prise de risque. oui, il y en a une qui ne triche pas, et qui, les yeux fermés, rampe à l'envers sur le mur, et qui va me tomber dessus également.
la musique change une troisième fois. c'est le signe qu'il faut je cite" se mettre en posicionne dou lotous, pour permettre aux sacras de s'oubrir, pour libérer l'enerzie, et que coux qui sont colériques doivent regarder vers lou ciel pour que leur enerzie colérique s'éssappe de leur corps comme des erpents. et ceux qui ne sont pas souples, posent oun de leur talon sous les ischionnes."
je mets trois quart d'heure à me mettre bien. et je remarque que je n'ai aucune colère. et il faut fermer les yeux, et mettre les doigts comme un yoggy, un vrai.
bien entendu, je ne ferme pas les yeux.
c'est dingue, il y en a une qui joue tellement bien le jeu que sa bouche est ouverte, et qu'elle se ramollit à vue d'oeil. je ne suis pas la seule à faire mon espiègle, de l'autre côté, y'en a un qui se marre. l'artiste doré éternue, et nous, on a cinq ans, alors ça nous fait rire. une autre se fait carrément les ongles. puis, comme l'artiste femelle se met à trémuler tous en faisant le lotus, et que ça sent la fin, ceux qui n'en branlaient pas une font comme elle d'un air super inspiré. l'artiste femelle du reste, doit être vraiment colérique, elle a adopté la position du serpent tout le quart d'heure.
ah! la musique change, il faut se mettre dans la position du mort. on nous éteint la lumière. zut. on se gèle. je marche sur mon voisin pour attraper mon sweet. même pas peur de cette musique d'os et de vent. même pas peur que cet énorme néon ne me tombe sur la gueule.
le quart d'heure fini, dans le noir, on nous tient un discours incompréhensible. il faut se mettre par trois. l'un fera l'objet. les autres en feront leur jouet, ce qu'ils veulent avec son corps. ha? merde. j'ai horreur qu'on me touche, que ce soit en relaxation, en danse, en aqua-gym. alors je suis le premier jouet. ce sera fait. je remarque que mon corps réussit parfaitement à garder sa mollesse, même dans les situations gênantes. par exemple, quand deux inconnus le tripotent. ah! et aussi, pendant ce temps là, ils faut émettre les sons qui vont avec les mouvements.
......?!!!!!!????
mes partenaires m'enrobent. il y en a un qui me masse gentiment la main. l'autre me tire tout d'un coup très violemment sur le sol, en disant "si si, ils ont dit qu'on devait se malmener". ...?????!!!!!.....
super. maintenant, mon futal s'est barré au niveau de mon sacrum. on voit bien les petites fleurs de ma culotte, mon dos est en désaccord avec l'exercice, et en plus, je ne sais pas quel son proférer. les deux autres non plus. on essaie quand-même, mais là, nous perdons tout notre sérieux. et tout ce qui sort de notre gorge est un fou-rire.
les autres groupes y arrivent très bien, eux, à sortir des sons. et puis, petit à petit, je trouve que ces sons s'appellent des hurlements.... des hurlements hystériques. j'en vois qui sont debout sur le ventre de leur partenaires, d'autres, à quatre pattes. heureusement qu'on est dans le noir, sinon, on aurait honte.
je crois qu'une partouze, ça a l'air de ça. Le sons aussi: partousique.
Je remets ma culotte comme je peux. j'ai bien fait d'enlever ma barrette.
C'est pas mieux d'être dans l'équipe des bourreaux, il faut être créatif. Je le suis tellement, pendant un quart de seconde, que mon partenaire le plus sadique, à son tour objet, prend mon genou en pleine gueule.
Maintenant que je suis en action, je comprends bien qu'on se croirait dans une de ces thérapies de groupe, pendant lesquelles les gens se roulent par terre, rejouent leur vie de nourrisson, se prennent pour des éléphants en rut. Je ne suis pas inspirée du tout.
Ouf! fini! Le sado-maso se plaint d'avoir mal à la tête, suite à mon quart de seconde d'inspiration.
Je fonds sur Claire, de peur qu'elle ait eu mal. je l'avais complètement oubliée!
La lumière re-fût. on se met en cercle, car nous devons à présent communiquer à l'aide de phrases de Baudelaire.Cc'est assez marrant en fait. Mais pourquoi y'en a-t-il qui chantent leur phrase. Comme on est quelques-uns à faire semblant de ne pas avoir compris qu'il faut chanter, pour nous punir, on nous fait chanter à tout de rôle, en commençant en face de moi.
C'est avec joie que je remarque que la chose prend un ton très "parapluies de Cherbourg", et que mon estropié sado-maso, et mon tendre petit haricot, sont devenus mes voisins. l'estropié me chante du Baudelaire façon les demoiselles de rochefort, droit dans les yeux. Mon heure de gloire est arrivée! je me donne à fond! Trémolos dans la voix, mon coffre en pleine puissance, je déconne à bloc sur le même thème, et passe le relais au timide petit haricot, des étoiles plein les yeux, en effervescence, et là, plaf! il refuse presque de chanter, le relais est cassé, c'est pas gentil.
ce matin, en me levant, je me sentais hyper-sexy.
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